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RGO chez le nourrisson

Signes et symptômes

 

 

Prévalence : Dans les 3 premiers mois de vie, 50% des bébés présentent du reflux, des régurgitations ou des vomissements quotidiennement. Il s’agit dans la plupart des cas d’un processus physiologique normal qui est auto-résolutif. Seulement 5% des bébés âgés entre 10 et 12 mois en souffrent. On réfère au terme RGO compliqué lorsqu’on est en présence des symptômes respiratoires récurrents, d’un retard staturo-pondéral ou d’une oesophagite.

 

Diagnostic différentiel : Le RGO du nourrisson peut être confondu avec une allergie aux protéines bovines, des infections ainsi que des problèmes anatomiques, gastro-intestinaux, neurologiques, respiratoires, rénaux, cardiaques et oncologiques.

 

Signes et symptômes :

  • Régurgitations ou vomissements excessifs
  • Dysphagie
  • Refus de boire ou de manger par peur de régurgiter le lait
  • Irritabilité, pleurs excessifs, opisthotonos
  • Pleurs excessifs et irritabilité
  • Posture anormale de la tête et du cou
  • Raucité de la voix
  • Toux chronique

 

Complications possibles

  • Stridor persistant
  • Bronchiolite, ou wheezing persistant ou récidivant
  • Œsophagite
  • Hématémèse avec ou sans anémie ferriprive
  • Retard pondéral (<20-30g par jour)
  • Malaise grave du nourrisson
  • Pneumonie par inhalation

 

 

Mises en garde

Vomissements en jet, fréquents, forcés ou bilieux
Hématémèse et méléna
Léthargie
Convulsions
Manifestations extradigestives
Complications respiratoires (stridor, wheezing)
Retard pondéral
Refus complet de s’alimenter
Modification importante des selles
Traitement pharmacologique non efficace

 

 

Traitements

Le recours aux traitements est nécessaire seulement s’il s’agit d’une oesophagite ou d’une forme modérée à sévère de RGO. Les formes légères de RGO devraient initialement être prises en charge par des mesures non pharmacologiques seulement avant d’avoir recours à des traitements. Cliquez ici pour consulter les MNPs.

 

Tableau 1 : Traitement du RGO chez le nourrisson
IPPAnti-H2ProcinétiquesAutres
Généralités1ère ligne de traitement, supérieurs aux anti-H2 pour le traitement de l’oesophagite ou le soulagement des symptômes du RGO.
Moins efficaces que les IPPs pour le soulagement des symptômes de reflux chez les nourrissons. Demeurent un bon choix s’il n’y a pas présence de complications.La majorité des experts concluent que les risques dépassent les bénéfices.Antiacides
Non recommandés chez le nourrisson en raison du manque d’études et des toxicités possibles.

Alginate
Données insuffisantes pour recommander leur utilisation.

Sucralfate
Données insuffisantes pour déterminer sécurité et efficacité chez le nourrisson. Risque de toxicité car contient aluminium.
PosologieLansoprazole
(le plus utilisé)
1-2 mg/kg/jour die ou jusqu’à 3 mg/kg/jour
Oméprazole
1-2 mg/kg/jour die
Pantoprazole
0,5-1 mg/kg/jour die
Ésoméprazole
0,7-3,3 mg/kg/jour die
Ranitidine
(le plus utilisé)
5-10 mg/kg/jour BID à TID
Famotidine
1mg/kg/jour BID
Dompéridone
0.3 à 0.6 mg/kg/dose TID à QID (max 30mg die)
Métoclopramide
0.1 mg/kg/dose QID
Effets secondairesGénéralement bien toléré et aucun effet secondaire. Quelques cas rapportés de diarrhées, maux de tête, douleurs abdominales, constipation, étourdissement. La diminution de l’acidité gastrique pourrait favoriser certaines infections comme la gastroentérite et la pneumonie acquise en communauté.Généralement bien tolérés. Cas rapportés de nausées, vomissements, somnolence, infections respiratoires et intestinales, irritabilité, maux de tête.
Céphalées, anomalies graves du rythme cardiaque et mort subite (arrêt cardiaque), somnolence, irritabilité, effets extrapyramidaux, dyskinésie tardive, anomalies du rythme cardiaque.
PrécautionsAucuneUne tachyphylaxie peut s’installer en moins de 6 semaines d’utilisation.Multiples interactions (se référer aux monographies)
Contre-indicationsAucuneAucune
Peut être associé à une adénopathie locale
Multiples (se référer aux monographies)

 

 

Mesures non-pharmacologiques
Consommation de lait
Porter attention à la quantité de préparation lactée/lait maternel consommé par le bébé. Surveiller les signes de faim et de satisfaction et laisser le nourrisson contrôler lui-même la quantité dont il a besoin. Un trop grand volume de lait peut entrainer des vomissements en raison d’un trop-plein. Ainsi des plus petits volumes donnés plus fréquemment seraient à privilégier. Bien que les quantités de lait qu’un bébé devrait boire varient d’un enfant à l’autre, les quantités suivantes peuvent donner un ordre de grandeur :
< 1 semaine de vie : augmentation progressive de 180 à 600 mL/jour
De 1 semaine jusqu’à la fin du premier mois : 450 à 800 mL/jour
2e et 3e mois : 500 à 900 mL/jour
4e, 5e et 6e mois : 850 à 1000 mL/jour
7e au 12e mois : 750 à 850 mL/jour

 

Suspicion d’allergie ou d’intolérance aux protéines bovines
Changer de préparation lactée commerciale pour une préparation hydrolysée pour quelques semaines. S’il s’agit d’une intolérance aux protéines bovines, les vomissements devraient diminuer significativement dans les 2 à 4 semaines suivant l’introduction de la préparation hydrolysée. Pour les bébés allaités, une exclusion des protéines bovines de la diète de la mère peut être tentée. Consultez l’algorithme sur les coliques chez le nourrisson pour plus d’info.

 
Épaississement du lait
L’épaississement des préparations permet de réduire les épisodes de régurgitation , mais ne diminue pas la fréquence des reflux . On peut utiliser des préparations commerciales épaissies ou ajouter des céréales de riz (15 mL de céréales pour 30 mL de préparations) aux préparations régulières. Les préparations commerciales épaissies ont l’avantage de ne pas interférer avec l’apport calorique normal de l’enfant, alors que l’épaississement des préparations lactées augmente l’apport calorique, menant parfois à une consommation excessive de calories lors d’une utilisation prolongée. Dans tous les cas, il faudra faire une ouverture en croix au bout de la tétine du biberon pour que les céréales puissent passer librement.
 
Positionnement
Porter attention au positionnement du bébé après le boire. La position semi-couchée augmente les épisodes de RGO, alors que le maintien du bébé en position verticale pourrait aider. Selon certaines études, coucher le nourrisson sur le ventre a été associé à moins de RGO que sur le dos. Cependant, comme le fait de coucher les enfants sur le ventre est aussi associé à une élévation du risque de mort subite du nourrisson, cette mesure peut être essayée seulement si l’enfant est réveillé et surveillé par un adulte. Autrement, les risques surpassent les bénéfices.

 

 

Suivi

Surveiller l’efficacité du traitement, notamment la diminution des signes et symptômes de RGO et envisager l’arrêt du traitement si aucune amélioration n’est notée. Comme le RGO se résorbe habituellement vers 12 mois, s’assurer que la thérapie n’est pas poursuivie sans raison valable.

 

Surveiller l’apparition d’effets indésirables, notamment en ce qui concerne l’irritabilité de l’enfant et une augmentation des infections respiratoires due à la réduction d’acidité gastrique.

 

S’il s’agit d’un IPP sous forme de comprimés orodispersibles, s’assurer que les parents maîtrisent bien la technique d’administration et respectent la durée de conservation en leur rappelant au besoin.

 

 

Auteurs

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Catherine Ouellette


Anne-Sophie Boulianne