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Acné

Signes et symptômes

L’acné atteint une grande majorité de la population, soit environ 78% des préadolescents et 85% des adolescents. Elle est habituellement grave chez 15% des gens de sexe masculin et 10 fois plus fréquente chez ceux de sexe féminin. L’acné peut même persister chez 12% des femmes et 3% des hommes adultes.

Dans 99% des cas, l’acné se retrouve au niveau du visage, mais elle peut aussi être présente dans n’importe quelle autre région riche en glandes sébacées (dos, épaule, tronc, etc.).

L’étiologie des lésions serait multifactorielle. Les androgènes stimuleraient à la fois l’hypersécrétion des glandes sébacées et l’hyperkératinisation des follicules, rendant le milieu propice à la colonisation du P. acnes. Ceci mènerait ultimement à la libération de facteurs inflammatoires et à l’apparition des lésions typiques de l’acné.

Chez certaines populations, l’acné peut être causée par d’autres facteurs physiologiques. Par exemple, elle peut être exacerbée entre le 15ème et 20ème jour du cycle menstruel. Ceci serait possiblement dû au rétrécissement des conduits pilosébacés durant cette période du cycle. Chez la femme enceinte, l’acné est peu prévisible. L’augmentation des œstrogènes peut améliorer les symptômes pour certaines, alors que la grossesse peut aussi créer une détérioration de l’acné chez d’autres. Finalement, l’acné du nourrisson peut alarmer certains parents, mais elle serait simplement due à un transfert d’hormones de la mère et peut persister jusqu’à trois mois.

Plusieurs autres facteurs peuvent expliquer pourquoi certaines personnes présentent de l’acné, alors que d’autres, non : prédisposition génétique, stimulation des hormones androgènes variable entre chaque personne, obstruction/ irritation des follicules et colonisation de la peau par le P. acnes. De plus, il y aurait eu une association entre la prise de produits laitiers et l’acné dans plusieurs études rétrospectives, mais aucune étude randomisée n’a été effectuée pour confirmer cette association. D’autres études auraient suggéré une association entre l’acné et l’IGF, dont les niveaux sont augmentés lors de l’ingestion de lait ou d’aliments riches en glucides. Une seule étude randomisée aurait montré qu’une plus faible charge glycémique aurait diminué la quantité de lésions. Par ailleurs, la résistance à l’insuline a aussi été associée à l’acné (par augmentation de la production de l’IGF et des androgènes). Il n’y a pas de lien entre l’ingestion de chocolat et l’acné qui n’a été établi. Il n’y a aussi pas de données montrant que les suppléments (oméga-3, zinc, antioxydants, vitamine A, fibres, etc.) seraient bénéfiques pour l’acné. Finalement, le stress aurait seulement été associé à une aggravation des lésions, mais n’en serait pas la cause.

 
 

Mises en garde

Acné sévère accompagnée de fièvre et d’arthralgie (acné fulminans)

Suspicion d’une cause endocrinienne

Présence de nodules, d’inflammation, de cicatrices ou d’une grande quantité de lésions.

Acné du nouveau-né importante et étendue ou qui persiste depuis plusieurs mois

Acné d’origine médicamenteuse

 

Traitements

PREMIÈRE LIGNE

Seule l’acné légère peut être prise en charge par le pharmacien : comédons ouverts (blancs) ou fermés (noirs) inférieurs à 20, papules (non purulentes) et pustules (purulentes) inférieures à 10. Dans ce cas, les traitements en vente libre peuvent être tentés pendant un maximum de 3 mois. Pour les cas plus sévères, une référence médicale est indiquée afin d’envisager des traitements sous prescription, tels que des rétinoïdes ou des antibiotiques. D’ailleurs, les rétinoïdes sont la pierre angulaire du traitement de l’acné et sont indiqués peu importe le stade de la maladie. Pour certaines populations, un traitement ciblé selon la cause probable de l’acné peut s’avérer efficace, comme les traitements hormonaux pour l’acné chez la femme. À noter que l’acné du nouveau-né ne nécessite aucun traitement.

Choix du véhicule

  • Éviter les onguents .
  • Pour une peau davantage grasse: opter pour un gel, une lotion ou une solution.
  • Pour une peau davantage sèche: opter pour une crème ou un gel aqueux

1ère ligne : Peroxyde de benzoyle 2,5%, 4%, 5%

Le peroxyde de benzoyle a un effet bactéricide sur P. acnes et possède une activité comédolytique. Il n’y a pas de résistance documentée à cet agent jusqu’à présent. En combinaison avec les antibiotiques (sous prescription), le peroxyde de benzoyle a un effet synergique : diminution de l’incidence de résistance et augmentation de l’efficacité des antibiotiques. Il est donc fortement recommandé de ne pas utiliser d’antibiotiques sans peroxyde de benzoyle en acné.

Malgré qu’il existe des formulations de peroxyde de benzoyle 10% sur le marché, il n’est pas recommandé d’aller au-delà de 5%, et certaines références recommandent même de se limiter à 2.5%. Il n’y aurait aucun avantage à aller plus haut que 5% si ce n’est l’augmentation des effets secondaires. En effet, la concentration de 2.5% était aussi efficace que celle de 10% dans la diminution des lésions inflammatoires dans une étude. De plus, une concentration plus élevée n’apporte pas de résolution plus rapide des symptômes.

On note une amélioration après 3 semaines de traitement avec un maximum d’effet après 8 à 12 semaines.

Posologie :

  • Application sur une peau sèche préalablement nettoyée 15 à 20 minutes avant. Appliquer sur toute la région à traiter, pas seulement sur les lésions.
  • Efficacité et sécurité non établies en pédiatrie.
  • L’efficacité et les effets secondaires du peroxyde de benzoyle sont proportionnels au temps de contact avec la peau. La posologie générale d’une application DIE peut donc être augmentée à BID-TID ou diminuée à une application un jour sur deux. C’est aussi pour cette raison que les savons et solutions contenant du peroxyde de benzoyle sont moins efficaces (faible temps de contact).
  • Voici des exemples de régimes posologiques :
    • Posologie #1:
      • Étape 1) Appliquer 15min le premier soir.
      • Étape 2) Appliquer le double du temps précédent jusqu’à une application consécutive de 4hrs.
      • Étape 3) Appliquer le produit durant toute la nuit.
    • Posologie #2:
      • Étape 1) Appliquer 2hrs pour 4 jours.
      • Étape 2) Appliquer 4hrs pour 4 jours.
      • Étape 3) Appliquer le produit durant toute la nuit.

Effets indésirables :

  • Irritation, peau sèche et desquamation après quelques jours de traitement (proportionnel à la concentration et à la durée de contact).
  • Dermatite irritante ou dermatite de contact allergique. 
  • Décoloration des cheveux et des tissus.
  • Photosensibilité.

Précautions :

  • Éviter le contact avec les yeux ou les muqueuses.
  • Ne pas appliquer en même temps que les rétinoïdes topiques sauf pour l’adapalène ou le tazarotène, qui sont stables avec le peroxyde de benzoyl. Si pris en même temps, il y a un effet oxydatif du peroxyde de benzoyl sur le rétinoïde.

Contre-indications :

  • Hypersensibilité au peroxyde de benzoyle ou à un de ses ingrédients.

2ème ligne : Acide salicylique 0,5 à 2%

L’acide salicylique est généralement bien toléré, mais très peu de données existent sur son utilisation en acné malgré qu’il est l’ingrédient actif de plusieurs produits assez répandus en vente libre. Il a cependant été rapporté qu’il serait moins efficace que le peroxyde de benzoyle. Il aurait un effet comédolytique et anti-inflammatoire et stimulerait la desquamation de la peau.

L’agent est disponible dans des concentrations de 0.5% et 2%. L’efficacité et les effets secondaires sont dépendants de la dose. Le choix du produit doit donc être adapté au patient.

L’acide salicylique a un mécanisme d’action complémentaire aux rétinoïdes topiques et au peroxyde de benzoyle et son utilisation serait recommandée en concomitance avec ces produits

Posologie :

Appliquer DIE à BID et diminuer la fréquence si pas bien toléré. Pour la plupart des formulations, il faut laisser agir les solutions sur la peau pendant 15 secondes à 5 minutes, puis rincer la peau. Pour d’autres, le produit s’applique après un nettoyage du visage et sans rinçage après son application. Se référer aux recommandations du produit.

Effets indésirables :

  • Irritation et peau sèche
  • Réactions allergiques
  • Hyperpigmentation chez les gens à la peau foncée

Précautions :

  • Éviter le contact avec les yeux et tenir hors de la portée des enfants.

Contre-indications :

  • Allergie à l’aspirine.

Autres traitements

Soufre

Le souffre est utilisé depuis longtemps, mais peu de données supportent son efficacité. Il est peu efficace et comédogène si utilisé sur une longue période. Son mécanisme d’action n’est pas encore élucidé, mais il aurait probablement un effet kératolytique. On sait aussi qu’il inhibe la réplication du P. acnes.

Dans le passé, son odeur d’œuf pourri était un obstacle à son utilisation. Il existe maintenant de nouvelles formulations aillant une meilleure odeur. Ces formulations combinent souvent le souffre à d’autres ingrédients tel que l’acide salicylique. Le soufre est aussi souvent associé au résorcinol , qui augmenterait son efficacité. Cependant, le souffre a principalement été étudié avec le peroxyde de benzoyle.

Posologie :

  • Application DIE à BID.
  • Études effectuées avec du soufre à 5% suggèrent que le produit soit utilisé à un âge supérieur à 12 ans. (3)

Effets indésirables :

  • Peut laisser des résidus sur la peau.
  • Odeur désagréable.

Précautions :

  • Éviter d’appliquer près des yeux.

Contre-indications :

  • Maladie rénale
  • Hypersensibilité au soufre ou aux sulfonamides
  • Le soufre est tératogène en grossesse

 

Rétinaldéhyde

Le rétinaldéhyde est souvent combiné à d’autres agents, tel que l’acide glycolique ou le peroxyde de benzoyle. Il diminuerait l’hyperpigmentation due à l’inflammation.

Posologie :

  • Application DIE sur une peau propre et sèche.

Effets indésirables :

  • Irritation, sécheresse, raideur et rougeur de la peau
  • Photosensible

 

Acides alpha-hydroxylés

Les acides alpha-hydroxylés sont des agents qui stimulent la desquamation. Les plus fréquents sont l’acide lactique et l’acide glycolique. Il existe peu de données sur l’utilisation de ces agents en acné. Un effet sur l’hyperpigmentation post-inflammatoire, une diminution du vieillissement de la peau et une amélioration des cicatrices légères dues à l’acné ont été documentés. Cependant, les acides alpha-hydroxylés peuvent aggraver l’acné dans les deux premières semaines de traitement. Ils sont souvent retrouvés en combinaison avec d’autres agents.

 

Supplémentation (zinc, omégas, antioxydants, vitamine A, fibres, etc.)

Il n’y a pas de données suffisantes soutenant que l’utilisation de quelconque supplémentation ait été bénéfique pour l’acné.

 

Produits de santé naturels (PSN)

Tous les PSN utilisés pour l’acné (ayurveda, extraits de berbéris, gluconolactone, etc.) sont bien tolérés mais leur efficacité est incertaine. L’huile d’arbre à thé aurait un effet antibactérien et aurait eu une efficacité comparable au peroxyde de benzoyle tout en étant mieux mieux toléré selon une étude. Cependant, pour le moment, les PSN ne devraient pas être recommandés étant donné le manque de données.

 

Probiotiques

Ils possèderaient un effet anti-inflammatoire. Toutefois, les données sont insuffisantes pour pouvoir recommander ces produits.

 

 
 

Mesures non-pharmacologiques
  • Nettoyage de la peau : Nettoyer le visage BID en utilisant uniquement les doigts. S’assurer de bien rincer la peau afin d’éviter que les résidus irritent ou obstruent les pores et exacerbent l’acné. Masser délicatement un nettoyant sur la peau en évitant de frictionner. Les syndets sont les nettoyants à privilégier en acné étant donné qu’ils ont un pH qui se rapproche de celui de la peau et seraient moins dommageable que les savons. Les savons doux restent tout de même une option acceptable.
  • Ne pas recommander : nettoyants antiseptiques (n’éliminent pas P. acnes), lingettes et tampons nettoyants (irritent la peau et aggravent l’acné), nettoyants granuleux (causent des lésions qui aggravent l’acné).
  • Ne pas manipuler les lésions ou extraire les comédons.
  • Pour le rasage de la peau, ramollir préalablement les poils avec du savon et de l’eau tiède ou un gel à raser. Éviter de raser là où il y a des lésions et raser dans le sens de la pousse du poil sans passer plus d’une fois au même endroit.
  • Se protéger des rayons ultraviolets, qui ont un effet carcinogène et induise le vieillissement prématuré de la peau. Utiliser plutôt un écran solaire sans alcool et sans huile lors d’une exposition au soleil.
  • Diminuer la consommation de glucides. Bien que l’alimentation ne semble pas être en cause, certaines données démontrent un lien probable entre l’acné et un régime composé d’aliments riches en glucides.
  • Cesser l’utilisation de produits cosmétiques à base d’huile et favoriser des produits « sans huile ». Opter pour les cosmétiques en poudres plutôt que ceux contenant de l’huile.
  • Éviter tout ce qui pourrait causer de l’irritation sur la peau tels que les vêtements (collets, vêtements serrés) et accessoires (sacs à dos, chapeaux).

 
 

Suivi
  • Diminution des lésions de 10-25% après 4 à 8 semaines de traitement et de 50% après 2 à 4 mois.
  • Résolution des comédons en 3 à 4 mois.
  • On ne devrait pas observer une évolution de la gravité de l’acné ou la présence de cicatrices et de pigmentation supplémentaire. On devrait toutefois observer une diminution des récidives.
  • L’acné du nouveau-né devrait se résorber avant le 4ème mois habituellement, et ce, sans laisser de cicatrices visibles chez l’enfant.